Tafsout Imazighen

Le 20 avril 80 au village. Tafsout Imazighen

Le 20 avril 80 correspond à la nuit où le pouvoir algérien avait ordonné aux CNS  (Compagnie Nationale  de Sécurité, Police ou l’armée ?) d’investir l’enceinte universitaire de Tizi Ouzou, occupée pacifiquement par les étudiants. Ils étaient entrés, de nuit, dans les cités universitaires et avaient matraqué  les étudiants et saccagé leurs chambres. Il y avait eu plusieurs blessés. 

La nouvelle s’était répandue comme une trainée de poudre. Les Kabyles étaient choqués, on avait annoncé 24 morts et plusieurs filles violées. (Voir la chanson de Matoub, DI SKIKDA I TNI DEBWIN).


              Le lendemain, les jeunes, de presque tous les villages de Bouzguène, s’étaient regroupés au niveau du CEM. Il y’ avait une effervescence et un climat de guerre incroyables.  Après discussion, Il avait était décidé d’aller voir le Maire pour lui demander de réquisitionner des véhicules afin d’amener les gens manifester à Tizi et s’il n’y en avait pas, on allait rejoindre Tizi à pied. Le groupe s’était ébranlé, mais en arrivant devant Mr le Maire il y avait eu  avec lui un jeune étudiant ,rescapé de la tragédie (je crois qu’il était du village Tizouine) qui nous avait dissuadé, il était gravement blessé et nous avait raconté sa mésaventure en pleurant, ils nous suppliait  de renoncer à aller affronté les CNS (Compagnie Nationale de Sécurité).

              Comme il n’y avait pas de transport, on s’était un peu refroidis et les jeunes ont commencé à rentrer dans leur village. Mais quelques temps après que le rassemblement commençait à se dissiper, arriva le bus de la SNTV qui faisait la navette Alger-Bouzguène, quelques jeunes étaient montés à bord pour aller à Tizi, mais le chauffeur  avait refusé de partir, alors un autre jeune lui avait mis un couteau sous la gorge et l’avait obligé de démarrer.  Ils avaient entonné les chants révolutionnaires de l’époque coloniale, AYEMMA AAZIZEN OURETSROU. Ils allaient combattre les CNS à Tizi. C’était un climat insurrectionnel et une atmosphère de guerre régnée. Quelques femmes des environs, qui écoutaient les chants de guerre, pleuraient, pensant à la Guerre de Libération de 54-62.

              Notre village n’était pas en marge de la dynamique du mouvement. Il y avait Said Ait Lhadj, Omar Ait Hamouche et quelques autres qui s’étaient  impliqués. Dans le bus qui transporta les manifestants pour Tizi, il y avait à bord des gens de notre  village, Lakhdar Ait Ali et Smail, Ferhat Ait Oubessai, Mohand Ourabah Ait Kaci et quelques autres.

               Mais le plus engagé c’était Nacer Ait Ali Oumeziane, étudiant à Alger, il  était notre trait d’union entre le village et les acteurs du Mouvement. Ce mouvement était porté exclusivement par les étudiants et les médecins de l’hôpital de Tizi. Plus tard par les ouvriers des entreprises publiques

              Finalement les étudiants qu’on disait morts étaient, en réalité, arrêtés et mis en prison et il n y avait aucune fille de violer. Les manifestations des citoyens s’étaient calmées. Autrement, les Kabyles étaient prêts à « manger » les CNS, si réellement il y avait eu des morts et des filles violées.

               Il y avait beaucoup d’anecdotes que nous relatées Nacer à l’époque sur la mésaventure des gens qui travaillaient à l’Université.  S’il y a des gens intéressés pour en savoir plus, faites moi signe !

 


 

 

C’est vraiment bien dommage que l’Association n’ait pas fêté le 20 avril. Une date historique, un hommage,  surtout, à rendre à Nacer Ait Ali Oumeziane, le pionnier du mouvement, au niveau du village. J’étais prêt  à donner une conférence sur le sujet, exposer des livres et des documents et j’en ai énormément,  en relation avec la culture berbère. J’avais souhaité faire découvrir aux jeunes du village l’histoire du mouvement berbère (TAFSOUT  IMAZIGUEN). Malheureusement le mouvement est parasité et j’en suis pour rien, je m’en veux pour la polémique créée, je n’ai jamais souhaité qu’elle soit portée à la connaissance des membres de l’Association. Ce que je déplore c’est les mesquineries qui prennent le dessus et qui au final paralyse le mouvement.

C’est malheureux de rater un tel  événement, d’autant plus que les jeunes sont à l’affût et avide de connaitre leur histoire et l’histoire du mouvement Berbère. J’ai côtoyé quelques uns et j’étais agréablement surpris par leur culture et leur avidité à apprendre, moi qui désespérais en voyant quelques uns, accrochés à longueur de journée à leur téléphone.

Bref !  La vie est ainsi faite….

Abdennour

2 votes. Moyenne 5.00 sur 5.